Peut-on tout assurer ? Une voiture, oui. Mais aussi un décès, une fusée Ariane, le viaduc de Millau, le tunnel sous la Manche… et surtout une vie humaine. L'assurance de personnes est le versant du métier qui couvre la personne — et non ses biens. Elle pèse aujourd'hui l'essentiel du marché français : 164 Md€ de cotisations, dont 140 Md€ pour la seule assurance vie et capitalisation.
Personnes contre biens : forfaitaire ou indemnitaire
Toute l'assurance se répartit en deux grandes branches : l'assurance de personnes (vie, décès, épargne, santé, prévoyance) et l'assurance de biens et de responsabilité. La ligne de partage tient à une évidence troublante : une personne n'a pas de valeur pécuniaire. On ne peut pas « rembourser » une vie. D'où deux logiques d'indemnisation radicalement différentes :
- L'indemnisation forfaitaire — propre à l'assurance de personnes. Le montant versé est fixé à l'avance dans le contrat, indépendamment d'un quelconque « préjudice » chiffrable. Seule exception : elle ne s'applique pas au remboursement de soins médicaux.
- L'indemnisation indemnitaire — propre à l'assurance de dommages. Le versement correspond au dommage réellement subi. Exception notable dans l'autre sens : les frais de santé, qui restent indemnitaires (on rembourse une dépense réelle).
L'assurance, c'est la réunion de personnes qui, craignant un événement dommageable, se cotisent pour permettre à celles que le sinistre frappe d'être indemnisées. La prime de chacun paie les sinistres de quelques-uns. L'équilibre de ce partage se lit dans le ratio S/P (sinistres sur primes) : c'est le thermomètre de toute mutualité d'assurance.
Le marché des personnes progresse de 4,4 % en 2018, à 164,1 Md€. L'assurance vie et la capitalisation en concentrent 140,1 Md€ (+4,1 %), pour 126,3 Md€ de prestations versées. Sa structure :
Les quatre risques de la personne
L'assurance de personnes couvre quatre grands risques :
- La prévoyance — les couvertures en cas de décès et d'arrêt de travail.
- L'épargne-retraite — les contrats en cas de vie et les produits d'épargne.
- La santé — le remboursement des frais de soins.
- La dépendance — la perte d'autonomie.
Trois codes se partagent le terrain, selon le type d'organisme : le code des assurances (sociétés d'assurance, mutuelles ou anonymes), le code de la mutualité (mutuelles) et le code de la sécurité sociale (institutions de prévoyance). Les sociétés d'assurance peuvent couvrir tous les risques ; mutuelles et institutions de prévoyance sont surtout présentes en protection sociale complémentaire, en particulier la santé.
Les contrats en cas de décès
Ils versent un capital à un bénéficiaire — forcément une autre personne que l'assuré — lorsque survient le décès. Trois traits communs : ils s'accompagnent souvent de formalités médicales (questionnaire de santé, parfois examens) ; l'invalidité absolue et définitive (IAD) y est assimilée au décès ; et leur tarif repose sur les tables de mortalité.
1 an ou n années
Capital versé si le décès survient pendant la période garantie. Ex. : à 40 ans, 400 € de cotisation pour 150 000 € de capital sur l'année.
Quelle que soit la date
Capital versé au décès, à coup sûr. L'aléa ne porte plus sur la survenance mais sur le nombre de primes payées avant le décès.
Adossé à un prêt
Une temporaire n années : en cas de décès de l'emprunteur, le capital restant dû est versé à la banque, bénéficiaire du contrat.
Pour une temporaire n années, la prime peut être unique ou périodique, constante ou par paliers.
En décès, le risque est de mourir trop tôt : la prime pure d'une temporaire vaut, en première approche, capital × probabilité de décès dans l'année (qx), lue dans la table de mortalité. C'est pour maîtriser l'antisélection — le risque que seuls les plus fragiles souscrivent — que le questionnaire de santé existe.
En rente et en cas de vie, le risque s'inverse : c'est vivre trop longtemps qui coûte. On ne tarifie plus avec la même table — l'assureur retient des tables de rente, plus prudentes sur la longévité.
Les contrats en cas de vie et les rentes
À l'opposé du décès, ces contrats parient sur la survie de l'assuré. Quatre formes classiques :
Les rentes, elles, versent un montant périodique tant que le bénéficiaire est en vie — comme une temporaire, mais en flux plutôt qu'en capital. On distingue la rente éducation (aux enfants jusqu'à la fin de leurs études), la rente de conjoint (temporaire ou viagère) et la rente d'orphelin (au décès des deux parents).
L'épargne : euros ou unités de compte
C'est le contrat d'épargne que l'on appelle communément « l'assurance vie ». On l'alimente au choix : primes périodiques, prime unique, versements libres ou versements programmés. Mais la vraie ligne de fracture est ailleurs — dans le support :
Le fonds en euros garantit le capital et un taux minimum, garanti pendant toute la durée du contrat — à ne pas confondre avec un taux garanti pour la seule année. C'est un engagement lourd : l'assureur devra le financer sur la durée, ce qui impose la prudence. À l'inverse, en unités de compte, l'assuré supporte seul le risque financier : ses cotisations sont converties en parts de fonds, dont la valeur monte… ou descend.
Santé & prévoyance
L'assurance santé complète les remboursements de la Sécurité sociale — il faut donc toujours raisonner « après la Sécu ». Elle couvre cinq grands postes : hospitalisation (chirurgicale, médicale), médecine courante (consultations, analyses, prothèses), optique, dentaire et forfaits (maternité, cures, obsèques…). C'est un risque qui se mutualise vite — une centaine de têtes suffit — et dont la consommation dépend surtout de l'âge, du sexe, du département (dépassements en zone urbaine) et du niveau de garantie, les garanties généreuses étant elles-mêmes « consommatrices ».
La prévoyance, elle, protège le revenu quand la vie déraille. On oppose les petits risques (soins ambulatoires, pharmacie, prothèses, transport) aux gros risques, ceux qui font vraiment mal financièrement :
Or la couverture de la Sécurité sociale est très inégale : élevée sur l'hospitalisation et les accidents du travail, faible sur l'invalidité et le décès. C'est précisément là que la prévoyance complémentaire prend tout son sens.
La retraite : trois piliers sous tension
Le système français s'organise en trois étages : le 1er pilier (régime de base de la Sécurité sociale et complémentaires obligatoires ARRCO-AGIRC), le 2e pilier (retraite d'entreprise) et le 3e pilier (épargne individuelle). Les deux premiers fonctionnent en répartition : les cotisations des actifs paient, en temps réel, les pensions des retraités — une solidarité entre générations.
Ce mécanisme se heurte à un mur démographique. Le nombre de cotisants par retraité s'est effondré :
La conséquence est mécanique : le taux de remplacement — la pension rapportée au dernier salaire — s'érode. Pour un cadre, il tombe de 64 % (départ 2003) à 55 % (2020), et vers 43 % pour un départ en 2050. D'où la montée en puissance de l'épargne-retraite supplémentaire, encouragée par les réformes (loi Fillon 2003 : 41 ans de cotisation, création du PERP ; réforme 2009 : 42 ans, âge du taux plein porté de 65 à 67 ans).
Le cours date de 2019-2020 et décrit un paysage morcelé — PERP, Madelin, Article 83, PERCO, Article 39 — en appelant à plus de portabilité et de sortie en capital. C'est exactement ce qu'a fait la loi PACTE : depuis 2019, ces produits ont convergé vers le Plan d'Épargne Retraite (PER), qui unifie les compartiments (individuel, collectif, obligatoire), rend l'épargne transférable et autorise la sortie en capital. Un même besoin — compléter une retraite par répartition affaiblie — sous une enveloppe modernisée.
Individuel, collectif, fiscalité
Tous ces contrats existent en version individuelle ou collective — souscrite par une entreprise au profit de ses salariés. Une couverture de prévoyance collective se met en place de quatre façons : convention ou accord collectif, référendum ratifié par les salariés, décision unilatérale de l'employeur, ou décision du comité d'entreprise (pour une adhésion facultative).
Sa tarification dépend de deux blocs :
- Les caractéristiques de la population — effectifs, âge moyen, proportion hommes/femmes, situation de famille, nature d'activité, masse salariale.
- Les garanties retenues et leurs niveaux — obligations conventionnelles, délais d'intervention, part du ticket modérateur et des dépassements pris en charge.
L'intérêt du collectif est double. Pour l'entreprise : un outil de management social, une grande souplesse, et surtout des cotisations déductibles du bénéfice imposable avec exonération sociale. Pour le salarié : une meilleure couverture, un tarif de groupe préférentiel, et des cotisations déduites du revenu imposable.
Deux textes structurent le champ : la loi Évin du 31 décembre 1989, qui met sur un pied d'égalité institutions de prévoyance, mutuelles et sociétés d'assurance ; et la loi du 8 août 1994, qui sépare retraite supplémentaire, retraite complémentaire et prévoyance. Dans les mutualisations professionnelles, le choix de l'assureur doit être réexaminé au moins tous les 5 ans.
L'assurance de personnes tient sur un couple d'outils : la mutualisation, qui répartit le coût du malheur entre tous, et la table de mortalité, qui met un prix sur le temps qu'il nous reste. Mourir trop tôt, vivre trop longtemps, tomber malade, cesser de travailler : à chaque aléa de l'existence répond un contrat — et derrière chaque contrat, un actuaire qui en calcule l'équilibre.
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